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Maudits soupirs pour une autre fois de Louis-Ferdinand Céline

Maudits soupirs pour une autre fois de Louis-Ferdinand Céline

De la musique, avant toute guerre !

Epreuves, brouillons, carnets préparatoires. Admirable esquisse de Féerie pour une autre fois, Maudits soupirs pour une autre fois que la collection L'Imaginaire réédite avec bonheur, voit Céline, du fond de sa prison danoise, mettre en branle ses souvenirs de la seconde guerre mondiale. Effroyable machine à retourner le temps, à le distendre, le tordre, lui faire subir la pression d'une énonciation toujours aux abois, l'écriture célinienne est un éclat de rire permanent et un cri qui affrontent le choc des événements. Le roman en gestation constitue le récit d'un double péril. Péril lié au bombardement du quartier de Montmartre que le narrateur décrit en un rythme apocalyptique. Péril relatif à l'œuvre elle-même dont l'auteur pourrait être à plusieurs reprises dépossédé, oubliant le sac dans lequel ses ouvrages sont conservés ou le protégeant du rapt organisé par la furie de son voisinage. Maudits soupirs est tout empli du bruit des bombardements et de la fureur qui s'empare des propres amis du narrateur. L'ouvrage, qui abonde en portraits d'êtres côtoyés par Céline dans le quartier populaire de Montmartre, constitue un éloge paradoxal de l'amitié, toute pétrie des vices et des intérêts les plus sordides : « Comme ça c'est les potes, les meilleurs, voyeurs compagnie, sadiques cochons lâches, qu'ils veulent vous voir en morceaux, dépecés, lynchés crucifiques... après qu'ils nous recousent et qu'ils pleurent. Ah ! Je les connais bien. Je les aime bien c'est entendu, mais je les connais alors ! ».

Olivier Rachet

Maudits soupirs pour une autre fois, Louis-Ferdinand Céline
L'Imaginaire - Gallimard (réédition)

Absent de Bagdad de Jean-Claude Pirotte

Absent de Bagdad de Jean-Claude Pirotte
Chaos perpétuel.

En toute simplicité, Jean Claude Pirotte imagine les carnets intimes d'un prisonnier kurde, dans une prison irakienne. Ici, maintenant. Les témoignages des tortures et des humiliations subies s'accompagnent d'une révélation paradoxale puisque le narrateur découvre, en déshérence, les germes de sa liberté spirituelle et les secousses d'une mémoire sensorielle d'une incroyable vivacité. Là où les bourreaux restent prisonniers de leurs peurs enfantines et de leurs fantasmes culpabilisateurs, le narrateur savoure, lui, les délices dans lesquels son esprit le plonge. Cette liberté conquise sur les criminels le conduit alors sur les chemins sinueux de la foi. A quoi bon des dieux en temps de détresse? « Il n'y a de Dieu que celui qui réconcilie les hommes avec eux mêmes. » « En Dieu se confondent le bien et le mal (...) et si Dieu se révèle à nous, c'est en nous aveuglant. » Dès lors, l'incarcération débouche sur un sentiment inaliénable de lucidité victorieuse. Conscience politique ? Affront contre lequel les bourreaux ne peuvent rien, la parole constituant la plus impérissable des résistances.

Olivier Rachet

Ballaciner de J.M.G. Le Clézio

Ballaciner de J.M.G. Le Clézio
Lumière !

À l'instar de Michel Tremblay dans Vues animées, Le Clézio nous livre dans ce roman ses souvenirs cinématographiques. Ballades vagabondes mêlant portraits et récits de films, intermèdes nostalgiques et analytiques, ces textes parfois décousus sont un hommage rendu au septième art. L'auteur devient beaucoup plus convaincant lorsqu'il situe le cinéma sur un plan politique. La critique à peine voilée de l'industrie hollywoodienne s'accompagne alors d'une réhabilitation du cinéma bollywoodien mais surtout du cinéma japonais de l'après seconde guerre mondiale dont l'universalité séduit tout autant que son ancrage dans une temporalité de la désolation. Car le septième art constitue une figure toujours intacte de la résistance et de la liberté même de penser. Qu'il s'agisse d'évoquer Mizoguchi, Ozu, Pasolini, Jean Vigo ou le jeune cinéma coréen, Le Clézio a le mérite de remettre en mouvement un art dont l'ambition n'est autre que métaphysique : révéler l'être enfoui derrière les apparences spectrales du réel, comme le rappellent ces mots de Parménide, placés en exergue de l'ouvrage : « Claire dans la nuit, autour de la terre errante, sa lumière vient d'ailleurs ».
Le cinéma n'est-il pas aussi la preuve, la trace invisible, que la vie ne
suffit pas ?

Olivier Rachet

Le néogâtisme gélatineux de Daniel Accursi

Le néogâtisme gélatineux de Daniel Accursi
Éloge de la pataphysique.

Le néo gâtisme gélatineux est un savoureux concept burlesque forgé par Daniel Accursi pour décrire la pensée conformiste décervelée soumise aux lois de la Phynance mondiale et au recyclage des clichés les plus éculés et les plus rétrogrades. Pensée réactionnaire et policière tout autant fascinée par la pulsion de mort d'un troisième âge planétaire néo-conservateur qu'enivrée par une volonté de puissance toujours plus infantile et débilitante qui s'amollit dans la transparence gélatineuse de ses propres désirs individualistes. Le NÉOGATEUX est une « espèce d'Ubu sacrificateur et purificateur. Mélange d'esprit sénile acariâtre et d'avidité juvénile. » A ce désastre écervelé, Accursi oppose, en un rire destructeur et salvateur à la fois, le cri de révolte d'une Pataphysique en éternelle ébullition. Forgée en son temps par Alfred Jarry, la Pataphysique, mère nourrice du dadaïsme, en appelle encore et toujours à un dépassement de la métaphysique, néo-conservatisme galopant du triomphe de l'être sur le Rien, à l'origine de toutes choses. A l'heure où l'on assiste, spectateurs hébétés de nos vies dépossédées, aux règnes bellicistes des êtres suprêmes les plus archaïques (Dieu, la Nation, l'Identité, l'Ordre et la Police), il est bon de crier Merdre et d'opposer à l'esprit de sérieux mortifère les salves d'un rire inépuisable et salutaire : celui de la création littéraire et de l'imagination libre. Bougre de merdre, enfourchez vos plumes de paon!

Olivier Rachet
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EN VITRINE

"Gus Tome 4 Happy Clem" de Christophe Blain

"Gus Tome 4 Happy Clem" de Christophe Blain

Après cinq ans d'absence, Gus revient dans un western trépidant. Après l'énorme succès de Quai d'Orsay, Christophe Blain revient vers le personnage qui lui a permis de réinventer le western, genre qu'il affectionne par-dessus tout. Cet album s'attarde plus particulièrement sur Clem, un outlaw au grand coeur ; un mélange d'aventure et de comédie sentimentale servi par le dessin virtuose de Blain. Christophe Blain nous offre un nouveau western mouvementé pour ce 4ème tome des aventures de Gus.

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