IDÉES CADEAUX

Les rubriques

Nouveaux articles

Chroniques

Coups de cœur

Éloge du matricide - Essai sur Proust de Thomas A. Ravier

Éloge du matricide - Essai sur Proust de Thomas A. Ravier
« Au terroriste Oreste ».

« Le français, plus que jamais, me brûle les doigts. J'ai toujours pensé en musique. Puis je frappe ! »
C'est à un essai coup de poing que nous convie Thomas A. Ravier dans une œuvre réglant son compte aux clichés les plus poussiéreux et éculés relatifs au style et à la personne de Marcel Proust, homosexuel renfermé et somme tout si peu héroïque, français ? Face à l'image d'un être sans souffle, reclus dans sa chambre, à la recherche languissante du temps perdu, Ravier oppose l'éclat d'une écriture jaillissant dans le Temps et s'affranchissant des contraintes sociales aussi bien que morales. Ecriture du corps en liberté, insoucieux des conseils que lui donnent les familles, les salons, insoumis, déjà toujours en quête du souffle rebelle de ses phrases dont ces jeunes filles en fleurs seraient la plus juste des métaphores. Aussi la Recherche ne se limite pas au pseudo roman familial du baiser de la mère trempé dans la tasse amère du thé du souvenir, elle s'apparente bien plutôt à un roman d'espionnage du double mensonge social et sexuel qui voit le narrateur épier au début de Sodome et Gomorrhe le jeu de séduction florale de Jupien et Charlus ou tout autre scène transgressive dont le roman fourmille. Face à l'image stéréotypée - mais toute image ne l'est-elle pas ? - d'un écrivain déjà maudit obsédé par l'amour maternel, Ravier oppose la liberté créatrice et donc matricide, de celui qui a traversé l'enfer du désir, c'est-à-dire de l'attente et de la réclusion perpétuelle du désir même, pour accueillir dans ses volutes syntaxiques le cœur même de l'amour assassiné, le miracle de la mère devenue fille de son propre enfant. A l'instar de Joyce ou de Rimbaud, de Baudelaire ou de Céline, la grandeur de Proust réside dans le duel glorieux mené avec le texte biblique lui-même. C'est en privilégiant une écriture joyeuse de la sensation que l'auteur s'incarne christiquement en son texte pour revivre ad vitam aeternam dans le Temps. Retrouvailles ? Variations musicales éternelles. Proust ou l'orgue du Temps, les grandes eaux de la sensation. Vous riez ? Fermez donc les yeux et écoutez respirer les phrases !

Olivier Rachet

Thomas A. Ravier, Éloge du matricide, Essai sur Proust
(L'Infini - Gallimard, 2007)

Maudits soupirs pour une autre fois de Louis-Ferdinand Céline

Maudits soupirs pour une autre fois de Louis-Ferdinand Céline

De la musique, avant toute guerre !

Epreuves, brouillons, carnets préparatoires. Admirable esquisse de Féerie pour une autre fois, Maudits soupirs pour une autre fois que la collection L'Imaginaire réédite avec bonheur, voit Céline, du fond de sa prison danoise, mettre en branle ses souvenirs de la seconde guerre mondiale. Effroyable machine à retourner le temps, à le distendre, le tordre, lui faire subir la pression d'une énonciation toujours aux abois, l'écriture célinienne est un éclat de rire permanent et un cri qui affrontent le choc des événements. Le roman en gestation constitue le récit d'un double péril. Péril lié au bombardement du quartier de Montmartre que le narrateur décrit en un rythme apocalyptique. Péril relatif à l'œuvre elle-même dont l'auteur pourrait être à plusieurs reprises dépossédé, oubliant le sac dans lequel ses ouvrages sont conservés ou le protégeant du rapt organisé par la furie de son voisinage. Maudits soupirs est tout empli du bruit des bombardements et de la fureur qui s'empare des propres amis du narrateur. L'ouvrage, qui abonde en portraits d'êtres côtoyés par Céline dans le quartier populaire de Montmartre, constitue un éloge paradoxal de l'amitié, toute pétrie des vices et des intérêts les plus sordides : « Comme ça c'est les potes, les meilleurs, voyeurs compagnie, sadiques cochons lâches, qu'ils veulent vous voir en morceaux, dépecés, lynchés crucifiques... après qu'ils nous recousent et qu'ils pleurent. Ah ! Je les connais bien. Je les aime bien c'est entendu, mais je les connais alors ! ».

Olivier Rachet

Maudits soupirs pour une autre fois, Louis-Ferdinand Céline
L'Imaginaire - Gallimard (réédition)

Absent de Bagdad de Jean-Claude Pirotte

Absent de Bagdad de Jean-Claude Pirotte
Chaos perpétuel.

En toute simplicité, Jean Claude Pirotte imagine les carnets intimes d'un prisonnier kurde, dans une prison irakienne. Ici, maintenant. Les témoignages des tortures et des humiliations subies s'accompagnent d'une révélation paradoxale puisque le narrateur découvre, en déshérence, les germes de sa liberté spirituelle et les secousses d'une mémoire sensorielle d'une incroyable vivacité. Là où les bourreaux restent prisonniers de leurs peurs enfantines et de leurs fantasmes culpabilisateurs, le narrateur savoure, lui, les délices dans lesquels son esprit le plonge. Cette liberté conquise sur les criminels le conduit alors sur les chemins sinueux de la foi. A quoi bon des dieux en temps de détresse? « Il n'y a de Dieu que celui qui réconcilie les hommes avec eux mêmes. » « En Dieu se confondent le bien et le mal (...) et si Dieu se révèle à nous, c'est en nous aveuglant. » Dès lors, l'incarcération débouche sur un sentiment inaliénable de lucidité victorieuse. Conscience politique ? Affront contre lequel les bourreaux ne peuvent rien, la parole constituant la plus impérissable des résistances.

Olivier Rachet

Ballaciner de J.M.G. Le Clézio

Ballaciner de J.M.G. Le Clézio
Lumière !

À l'instar de Michel Tremblay dans Vues animées, Le Clézio nous livre dans ce roman ses souvenirs cinématographiques. Ballades vagabondes mêlant portraits et récits de films, intermèdes nostalgiques et analytiques, ces textes parfois décousus sont un hommage rendu au septième art. L'auteur devient beaucoup plus convaincant lorsqu'il situe le cinéma sur un plan politique. La critique à peine voilée de l'industrie hollywoodienne s'accompagne alors d'une réhabilitation du cinéma bollywoodien mais surtout du cinéma japonais de l'après seconde guerre mondiale dont l'universalité séduit tout autant que son ancrage dans une temporalité de la désolation. Car le septième art constitue une figure toujours intacte de la résistance et de la liberté même de penser. Qu'il s'agisse d'évoquer Mizoguchi, Ozu, Pasolini, Jean Vigo ou le jeune cinéma coréen, Le Clézio a le mérite de remettre en mouvement un art dont l'ambition n'est autre que métaphysique : révéler l'être enfoui derrière les apparences spectrales du réel, comme le rappellent ces mots de Parménide, placés en exergue de l'ouvrage : « Claire dans la nuit, autour de la terre errante, sa lumière vient d'ailleurs ».
Le cinéma n'est-il pas aussi la preuve, la trace invisible, que la vie ne
suffit pas ?

Olivier Rachet
Page 10/18
10

EN VITRINE

"Gus Tome 4 Happy Clem" de Christophe Blain

"Gus Tome 4 Happy Clem" de Christophe Blain

Après des années d'absence, Gus revient dans un western trépidant. Après l'énorme succès de Quai d'Orsay, Christophe Blain revient vers le personnage qui lui a permis de réinventer le western, genre qu'il affectionne par-dessus tout. Cet album s'attarde plus particulièrement sur Clem, un outlaw au grand coeur ; un mélange d'aventure et de comédie sentimentale servi par le dessin virtuose de Blain. Christophe Blain nous offre un nouveau western mouvementé pour ce 4ème tome des aventures de Gus. (Dargaud, 01/2017)

Lettre d'infos

Régulièrement, la lettre d'informations dresse un panorama des activités de la librairie et des nouveautés.

La librairie

Librairie française
Patrick Suel
Linienstrasse 141
10115 Berlin-Mitte

Près de l'Oranienburger Str.
tel +49 (0)30. 280 999 05
fax +49 (0)30. 280 999 06
Email info@zadigbuchhandlung.de

Le lundi de 14 à 19 heures,
du mardi au vendredi de 11 à 19 heures
et le samedi de 11 à 18 heures

Zadig

ALBUMS PHOTO

Leïla Slimani et Olivier Guez invités par ZADIG le 31 mars 2015France invitée d'honneur à la Foire du livre de Francfort 2017Une lecture-présentation de Ken Bugul« Le Messager de Hesse », une relecture de Georg Büchner« Les Mystères de la gauche » par Jean-Claude Michéa« L’Art presque perdu de ne rien faire » de Dany LaferrièreRUE DES LIGNES 2013« Verre Cassé » de Alain Mabanckou« Où va Berlin ? » / Partie 2« Où va Berlin ? » / Partie 1Le Livre des NuagesOù sont passées les filles ?Brassens libertaire« Retour à l’envoyeur »Alain FreudigerAfter VIVE LA BOURGEOISIE! le 15 juillet 2006Une lecture de « Brassens. Le regard de Gibraltar » de et par Jacques Vassal le vendredi 15 septembre 2006Jean-Charles Massera