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Marilyn dernières séances de Michel Schneider – Prix Interallié 2006

Marilyn dernières séances de Michel Schneider – Prix Interallié 2006

Memento mori

Los Angeles, 2005/2006. Le journaliste Forger Backwright enquête sur les dernières années de Marilyn Monroe et notamment sur la relation passionnelle qu'elle entretint, deux années durant, avec son psychanalyste Ralph Greenson. La pièce maîtresse du jeu qui se tisse entre ces deux êtres sont les bandes sonores que l'actrice enregistre à la fin de sa vie afin de surseoir aux séances peu orthodoxes de celui qui l'accueillait au sein de sa propre famille, en pensant lui offrir le foyer de substitution auquel Marilyn n'avait cessé d'échapper.

Faire entendre la voix de celle dont le drame fut de ne pas avoir pu coïncider avec sa propre image relève ici d'une forme de salut, moins de la psychanalyse dont l'auteur nous rappelle à juste titre qu'elle est née avec le cinéma - chambre obscure où le médecin enregistre les images que le patient fait naître de sa propre parole - que du cinématographe lui-même, c'est-à-dire de l'écriture. Marilyn n'est pas seulement morte en suicidée du spectacle, son image répercutée aujourd'hui jusqu'à cette nouvelle forme de nausée qu'est devenu le mythe hollywoodien, va disparaître au profit d'une voix que l'écriture seule peut arriver à nous faire entendre : "Le jeu d'échecs me passionne parce qu'on ne sait qu'au dernier coup quelle partie se jouait.", "Ce n'était pas ma robe qui était une peau, mais ma peau qui était et reste un vêtement de chair, ma peau qui me sert à n'être pas nue". Marilyn dernières séances est le drame d'une icône dont les mots se sont perdus dans la réflection perpétuelle de son propre reflet. A l'ère du spectaculaire intégré, nous sommes tous cette femme fantômatique dont la vie ne fut qu'une longue suite de faux raccords. A son image, souviens-toi, lecteur, que le reflet de toi, dans le miroir ou dans le temps, va mourir mais que ta voix est immortelle.

Olivier Rachet

Marilyn dernières séances, Michel Schneider
Grasset, Paris, 2006
25,- €

Rendez-vous de Christine Angot – Prix de Flore 2006

Rendez-vous de Christine Angot – Prix de Flore 2006

La littérature en acte

La narratrice de Rendez-vous rencontre l’un de ses admirateurs fervents, un acteur de théâtre qui pendant cinq ans lui exprime son admiration, par personnes interposées. De ces rendez-vous naîtra une lecture publique où les deux protagonistes mettront à nu leur intimité. L’acteur quittera sa femme. La narratrice ne rencontrera plus que par intermittences cet homme qui, en dépit de sa fascination, n’aura de cesse de la fuir.

Alors que l’homme dérive vers un monde indécis de faux-semblants – paradoxe incessant du comédien à l’ère de la société du spectral – la narratrice explore le continent des sentiments, parcourt la carte du cœur et navigue solitaire dans les eaux troubles du Tendre. Au cœur de cette expérience qui prend la forme d’une quête réconciliatrice de la vie et de l’écriture, Christine Angot acquiert la certitude que la littérature peut nous sauver de nos déboires sentimentaux et de nos ruses narcissiques. L’inflation du moi n’est ici qu’un leurre. L’écriture aide au contraire à rendre les armes, à se dessaisir de son moi, à transformer in fine les sentiments en actes. Grandissime !

Olivier Rachet


Rendez-vous, Christine Angot,
Flammarion, Paris, 2006
23,- €

Les Bienveillantes de Jonathan Littell – Prix Goncourt 2006

Les Bienveillantes de Jonathan Littell – Prix Goncourt 2006

Le roman était presque parfait

Le titre même du roman de Jonathan Littell, au-delà de la référence aux déesses de la vengeance mises en scène par Eschyle, invite d'emblée à une lecture compatissante et empathique. Le lecteur est convié à se plonger, frère oh combien humain, dans les abîmes d'un processus d'extermination que nul ne semblait contrôler. Dès le Prologue, le narrateur nous prépare, à travers les Mémoires fictives d'un criminel nazi, à entrer dans le vertige des infinies possibilités de l'inhumain. Le conditionnement est de mise, la discipline de lecture qui nous est infligée sévère.

Les trois cents premières pages, admirablement bien documentées, relèvent du parcours initiatique. Nous nous retrouvons en Ukraine, sur le front-est, au cœur des massacres perpétrés, dès 1940, par les soldats de la Grande Action. Le lecteur s'embourbe alors à l'image des SS eux-mêmes. La patience est de rigueur dans ces descriptions de paysages dévastés et croulant sous la neige. L'épreuve n'en finit pas, il nous faut expier les crimes de masse : l'Holocauste sera à ce prix. L'historien sera contenté, le lecteur s'y perd mais persiste. Les titres des différents chapitres nous le suggèrent inlassablement : "Allemandes", "Menuet", "Rondeaux"... la vraie guerre est ailleurs, la gigue de l'Histoire finira par nous emporter pour laisser place au ressassement intérieur du narrateur traqué par les déesses vengeresses qui finalement n'auront peut-être pas raison de lui.

Après une blessure à la tête, le héros Max Aue se rendra à Berlin où il se verra confier par Himmler la tâche de se rendre au camp de concentration d'Auschwitz afin de rédiger un rapport sur les conditions de vie des prisonniers. Entre-temps, il se sera rendu à Antibes, rendre visite à sa mère et à son beau-père. Là se trouve le noyau focal du récit, le point de fuite vertigineux de ces Mémoires indigestes (en ce sens que le passé même est indigeste car il ne passe pas), dans une réécriture quasi policière de L'Orestie d'Eschyle. Jonathan Littell nous livre alors ses meilleures pages lorsqu'il imprime en nous la question lancinante de la possibilité du matricide.
Revenu à Berlin, peu à peu détruite pas des bombardements libérateurs et étouffants à la fois, le lecteur se réfugie avec le personnage dans les recoins les plus énigmatiques de l'humanité. Les Erynnies prennent alors la figure kafkaïenne de deux juges, Clemens et Weser, épris moins de vengeance que de vérité. Les tribunaux de la raison s'établissent, depuis Sophocle, sur les ruines de la barbarie. Or, nous dit le romancier, cette barbarie n'a jamais cessé d'être.

Les Bienveillantes
retrouvent toujours les traces des criminels. Le roman devient alors un monument érigé en conscience face à l'abandon de l'être. A l'instar de ce père auquel le narrateur était confronté en Ukraine, Littell semble nous dire : "Je sais ce que vous faites ici (...). C'est une abomination. Je voulais simplement vous souhaiter de survivre à cette guerre pour vous réveiller dans vingt ans, toutes les nuits, en hurlant."

Olivier Rachet

Les Bienveillantes, Jonathan Littell
Gallimard, Paris, 2006
29,- €

Le complot contre l'Amérique de Philip Roth

Le complot contre l'Amérique de Philip Roth

États-Unis, 1940. Alors que Franklin Delano Roosevelt brigue un troisième mandat, les élections présidentielles se jouent sur le terrain de la politique extérieure des États-Unis vis-à-vis de la montée en puissance des forces fascistes en Europe et en Asie. Mais c’est son adversaire Charles Lindbergh, aviateur célèbre aux liens controversés avec le régime nazi, qui sort vainqueur avec une nette avance. Commence alors une période trouble pour les Juifs d’Amérique, en particulier pour le jeune Philip Roth et sa famille au cœur du ghetto de Newark, New Jersey.

Ce roman de fiction permet à l’auteur, lui-même protagoniste, de revenir sur l’attitude des États-Unis et des Américains face à la guerre, de démystifier l’image éblouissante de « nation de la liberté ». Il explore ici les tentations isolationnistes mais surtout fascisantes d’un pays qui auraient pu, si elles avaient été assouvies, changer la donne de l’histoire, portées par des organisations ayant bel et bien existé, telles America First et le Bund Germano-Américain.

Mais il ne faut pas s’y tromper, le texte de Philip Roth va plus loin que n’irait une simple fiction historique. Nous y sommes plongés dans l’attente lourde, auréolée de peur et d’injustice, d’une communauté juive américaine confrontée au nouveau pouvoir de Lindbergh, telle que perçue, à l’image de l’Ami Retrouvé de Fred Uhlmann, par un jeune adolescent. La puissance de l’ouvrage est telle que le lecteur vit cette montée de l’angoisse issue de la fiction, tout en explorant une tentation fasciste américaine réelle. On apprécie le travail de documentation qui donne au Complot contre l’Amérique un indéniable réalisme.

Guillaume Pérache

Le complot contre l'Amérique, Philip Roth
Gallimard, Paris, 2006
25,- €

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EN VITRINE

À l'intérieur des gentils (pas si gentils...) de Clotilde Perrin

À l'intérieur des gentils (pas si gentils...) de Clotilde Perrin

Que seraient nos histoires préférées sans Poucet, Hansel et Gretel ou la marraine de Cendrillon, ces héros qui triomphent des méchants grâce aux mille et un tours qu'ils ont dans leur sac ?... Pour découvrir leurs points forts, leurs faiblesses, leurs plats préférés et lire les contes célèbres dont ils sont les héros, soulève les grands rabats. Pour plonger à l'intérieur des gentils et découvrir ce qui se cache dans leur tête, sous leur costume ou dans leurs poches, soulève les flaps. Pour découvrir leurs secrets : active toutes sortes de systèmes. Ces trucs et ces astuces permettent de se débarrasser de tous les loups, ogres et sorcières que l'on croise sur son chemin. (à partir de 3 ans)

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