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« Le sens du calme » de Yannick Haenel

« Le sens du calme » de Yannick Haenel

Au cœur étincelant des ténèbres.

Publié dans la collection « Traits et Portraits » dirigée par Colette Fellous, au Mercure de France, le dernier roman de Yannick Haenel, Le sens du calme, se range d’entrée de jeu sous les auspices du récit initiatique. A la recherche des moments fondateurs de son rapport poétique à l’existence, l’auteur reconstruit sa vocation d’écrivain en la plaçant en marge de toute sociabilité. De Nuit et Brouillard projeté à l’école et l’ayant confronté au bord volcanique de sa première page blanche à l’anecdote du Christ trouvé dans une poubelle jusqu’aux vertiges éthyliques d’un pensionnaire à la Villa Médicis, Haenel ébauche un autoportrait de l’artiste en anti-héros mystique cherchant moins à conquérir un absolu qu’à se soustraire à l’emprise criminelle que revêt toute forme de communauté.

Le récit de Flaubert consacré à la Légende de saint Julien l’Hospitalier constitue l’un des fils conducteurs de ce récit irradiant. La malédiction qui pèse sur le destin « constellé d’annonces » de celui qui accomplira la sombre prédiction du parricide et du matricide n’a d’égale que la sacralité de celui qui, devenu insacrifiable, accueillera sur sa bouche le baiser du lépreux. Là où est le plus grand danger, où le néant procède pour rien à des hécatombes ininterrompues - vierges sacrifiées à la fureur monstrueuse du Minotaure - croît aussi ce qui sauve du labyrinthe dont Haenel nous rappelle qu’il n’existe que pour cesser de croire aux murs.
« L’obstacle n’est qu’un détour. »

Au fil d’Ariane se substituent dès lors les cheveux tressés de Vénus, le buisson ardent du désir, les langues de feu incandescentes de l’acheminement en soi du langage. Une transsubstantiation où le sang de l’âme est à l’unisson de l’encre de l’esprit. Comme dans ce tableau de Cagnacci, Madeleine évanouie, où l’on voit la sainte tenir entre ses jambes le crâne d’un mort, la tête en liberté de l’écrivain jouit de l’afflux en lui du désir qui vainc l’impossible. L’amour seul - mesure parfaite et réinventée - peut regarder la mort en face. Yannick Haenel, on le sait, est entré en écriture comme on entre dans les ordres, c’est-à-dire au bordel, au désordre que sont nos désirs. A l’instar de Dante accompagné de Virgile, on traverse ici les marges de l’écriture et les cercles de l’enfer en compagnie de Bataille ou d’Artaud, de Rimbaud ou de Lautréamont. Le sens du calme est aussi un hymne à la paternité poétique.

Olivier Rachet

Le sens du calme, Yannick Haenel
Mercure de France, 2011

« Les Petits » de Christine Angot

« Les Petits » de Christine Angot

Blessures secrètes et gardes à vue.

 Au sens propre, le dernier roman de Christine Angot, Les Petits, défraye la chronique. Pied de nez à tous ceux qui ne voient dans l'art de la romancière qu'élucubrations narcissiques et vaines. Autofictionnel, ce récit l'est pourtant en diable au sens où l'auteur fabrique sa propre aventure qu'elle nous renvoie, de manière implacable, comme le miroir déformant du délitement social, affectif, familial qui est aujourd'hui le nôtre.

Avant d'entrer en scène, dans le dernier tiers du roman, la narratrice relate, à coups de sabre aiguisés, comme autant d'entailles fracturant des êtres de chair qui ne savent plus où siègent leurs sentiments et leurs affections, la tension conflictuelle qui, sans crier gare, éloigne deux êtres, l'un de l'autre. Lui, musicien martiniquais, l'âme en peine mais heureux d'être en vie, marqué par la couleur de sa peau et son appartenance à un groupe ethnico-social auquel il n'avait jamais songé appartenir. Exclu des regards et marginalisé par la toute-puissance dominatrice d'une femme avec laquelle, il s'était mis, sans trop y réfléchir, en ménage et avec laquelle il avait eu quatre enfants. Ils mènent une vie qui aurait pu être celle d'une famille, n'était le ravage causé de part et d'autre par des blessures narcissiques, des préjugés enfouis qui la voit, elle, regretter de ne pas avoir été séduite, plutôt, par un étalon. Quelle est la mesure de nos affections et de nos désirs ? L'écriture acérée d'Angot, qui passe au scalpel, dans un rythme lancinant, à un tempo allegro destructeur, l'irréversible déchirement de ce couple, apporte une réponse qui évacue toute dimension psychologique.

L'union impossible de deux êtres devient alors l'image inversée d'une société ayant sacrifié le groupe  - couple ou famille – au profit d'un culte exclusif du moi qui n'a paradoxalement de cesse d'être refoulé. Lui se retrouve, à plusieurs reprises, en garde à vue, côtoyant ses alter ego dont la marginalisation constitue un déni de tout sentiment de culpabilité à l'encontre de ces immigrés, sous-employés, de ces autres qu'un culte lui aussi narcissique d'une patrie à l'identité faussement immuable ne fait que protéger de nos vues.

Le procès de narcissisme dont Christine Angot reste encore victime repose sur une dénégation toute aussi grave et exaspérante. Celui d'atteinte à la vie privée traduit un climat délétère de terreur morale qui, en son temps, fit condamner Baudelaire dont les amantes vampirisées doivent encore se retourner dans leur tombe ! Qui ne voit pas la dimension éminemment politique des ces récits brûlants qui martèlent la déterritorialisation dramatique des relations amoureuses, la reconfiguration impossible d'un espace où les différences entre hommes et femmes, noirs et blancs, première deuxième troisième générations, se résorberaient dans la promesse amoureuse d'un échange ininterrompu, celui-là ne connaît pas son siècle. J'ai mal à mon pays, j'ai mal à mon cœur, qui saignent, nous murmure Angot, de mille plaies. Romantisme ? si vous voulez, si l'on y voit l'expression sans compromis aucun d'une révolte libératrice contre l'état social !

Olivier Rachet


Les Petits
, Christine Angot
Flammarion, 2011

« Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » de Mathias Enard (Prix Goncourt des lycéens 2010)

« Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » de Mathias Enard (Prix Goncourt des lycéens 2010)

De la beauté au monde

En mai 1506, alors qu’il est aux prises, à Rome, avec le pape Jules II réticent à honorer la commande passée à Michelange de construire son tombeau, le célèbre sculpteur florentin répond à l’invitation du sultan de Constantinople, Bayazid, de venir édifier un pont reliant la ville à l’un de ses faubourgs, traversant la Corne d’Or. Michelange connaît la soif de puissance et le machiavélisme des princes, aussi se met-il avec empressement au travail.

Un jeune poète de Pristina, Mezihi, est à son service et cherchera à guider les plaisirs de son maître dont la stature lui en impose. Le sculpteur déjà renommé à Florence pour l’érection de son David tombera, lui, sous le charme d’une danseuse à l’identité trouble dont le narrateur rapporte, sous forme de langoureuses litanies disséminant le récit, le chant d’amour et d’exil.

Constantinople est, à la Renaissance, le joyau d’une civilisation ayant irradié les jardins d’Andalousie, fille voluptueuse de l’Eglise dont Michelange se souviendra lorsqu’il bâtira la coupole de Saint-Pierre de Rome, réminiscence émerveillée de la basilique Sainte-Sophie, et de l’empire ottoman. Au carrefour des civilisations, la future ville d’Istambul, capitale éternelle des cultures européennes, rivale merveilleuse de Venise, son unique parangon sur le continent, fourmille d’intrigues de cour, de rivalités mimétiques qui laissent pourtant Michelange stoïque.

Dans un récit foisonnant de toutes les beautés que les hommes sont susceptibles d’apporter au monde, Mathias Enard nous livre un hymne en hommage au tempérament artiste qui réside en chacun de nous et relie les identités multiples, aussi bien ethniques, religieuses que nationales, qui composent une mosaïque européenne aujourd’hui en mal d’esthétique et de sensualité. Les ponts du génie cosmopolite restent encore à construire.

Olivier rachet

« Le Siècle des nuages » de Philippe Forest

« Le Siècle des nuages » de Philippe Forest

L’incertitude du présent.

C’est à la figure de son père, né à Mâcon, en 1921, que Philippe Forest s’attache dans son dernier roman et à la traversée qui fut sienne d’un siècle plein de bruits et de fureur. Rêvant de devenir pilote de ligne, à une époque où l’aviation relevait encore de la mythologie des héros qui avaient pour nom Lindbergh, Blériot ou Mermoz, celui-ci dut surseoir à ses projets alors qu’éclatait la seconde guerre mondiale. C’est alors un véritable voyage au bout de la nuit et loin des nuages qui voit le père du narrateur, fils de confiseur, accompagner sa future belle famille sur les routes de l’exode, aux alentours du 18 juin 1940 ; puis, traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Algérie coloniale d’où il poursuivra des études agronomiques entreprises à Grenoble et assistera, en novembre 1942, au débarquement des forces anglo-américaines ainsi qu’à la spectaculaire volte-face de l’amiral Darlan, réussissant l’exploit de rester fidèle à la Révolution nationale initiée par Pétain, tout en soutenant l’engagement des forces d’Afrique du Nord dans le camp des alliés. Par la suite, il sera sélectionné pour intégrer l’Army Air Force et se rendra, traversant l’Atlantique sur un paquebot exposé en permanence au risque d’être anéanti par les forces ennemies, en Amérique du Nord d’où il apprendra à piloter mais où il découvrira aussi le désastre de la ségrégation raciale qui n’était pas l’apanage de la politique nazie.

Récit épique d’une jeunesse ayant réussi à passer à travers les mailles du filet de la guerre et réalisé un rêve d’adolescent ; ayant pu profiter, au lendemain de l’armistice, de la restructuration et de l’essor inouï de l’aéronautique française. Le Siècle des nuages se veut aussi le témoignage de la complexité même des parcours d’individus traversant l’écheveau d’une Histoire aux antipodes de la conception nihiliste que nous nous en faisons aujourd’hui, selon laquelle nous jugeons, dans le confort de notre impensable présent, les atermoiements et les errements de ceux qui, subissant la violence invincible du Temps, ne pouvaient bien souvent que choisir de suspendre leur jugement. Le roman de Forest, dans son classicisme même, se veut in fine contemporain d’un temps, à l’opposé du nôtre tragiquement spectral, où les familles se pressaient en masse le dimanche à Orly pour assister au spectacle bien réel des atterrissages et décollages qui avaient enchanté l’imaginaire vierge de Jean Forest, images de croyances et d’utopies, à ce jour, éteintes ; l’aviation, ayant été, au siècle des nuages, à la fois le merveilleux accomplissement de l’idéologie du Progrès et le point d’ancrage d’une entreprise de dévastation par l’homme de la nature et des individualités qui la composent.

Olivier Rachet

Philippe Forest, Le Siècle des nuages, Editions Gallimard 2010.

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Au détour vrai des pages...

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