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Coups de cœur

Ovide, Tristes Pontiques

Ovide, Tristes Pontiques

Ce que l'homme a cru voir.

Nous sommes en l'an 08. Par décret impérial, Ovide, le poète des Amours et de L'Art d'aimer est relégué aux confins de l'Empire romain, à Tomes, près de la mer Noire. C'est en ce lieu que la magicienne Médée sacrifia son frère Absyrte, en le découpant, afin de fuir un père refusant que sa fille déserte la Colchide pour les grecs. Espace hostile et inhospitalier, qu'habitent des barbares guerriers et vindicatifs, n'ignorant pourtant pas les règles de l'amitié.

Quelle fut la faute du poète? S'il évoque à plusieurs reprises la subversion de ses oeuvres érotiques, dont le rythme élégiaque subvertissait les règles ancestrales de la poésie héroïque, Ovide reconnaît aussi, entre les lignes, avoir assisté à une scène qu'il n'aurait pas dû voir. Une orgie impériale, dont l'épouse d'Auguste, l'impératrice Livie, aurait été la principale actrice... alors même qu'était édicté un code moral d'une austérité inouïe bannissant notamment toute forme d'adultère. Vertu publique, vice privé? Ovide n'aurait-il pas été le premier sacrifié du puritanisme aujourd'hui florissant?

Ses lettres que traduit poétiquement Marie Darrieusecq sont tout d'abord adressées à des destinataires anonymes, fantômes errants dans la mémoire de celui pour lequel Rome était tout. Puis, le nom des destinataires, amis, envieux, épouse, se grave dans la cire de l'écrit. Car toujours, pour Ovide, il s'agit d'épouser la déréliction rythmique de sa vocation de poète. Celui qui perd le sens du rythme perd aussi la raison. Celui qui aujourd'hui encore est exilé aux confins du monde mais aussi bien réfugié dépossédé de sa propre existence, relégué à la frontière même de la politique et de la barbarie, celui-là connaît le secret même de la poésie : perpétuer la parole du bannissement, s'affranchir toujours de sa condition de proscrit.

Olivier Rachet

Ovide, Tristes Pontiques, traduction de Marie Darrieusecq
P.O.L, 2008

« Syngué Sabour / Pierre de patience » de Atiq Rahimi

« Syngué Sabour / Pierre de patience »  de Atiq Rahimi

Le corps est notre révélation.

En Afghanistan ou ailleurs, une femme veille son mari, à l'article de la mort. Après avoir longuement combattu pour son pays, l'homme a été la victime d'une querelle absurde entre membres d'un même clan. Egrenant un chapelet et déclinant les quatre vingt dix neufs noms d'Allah, la femme adresse à son époux la somme de ses souffrances et de ses malheurs. Ces litanies sont ponctuées par les rituels de la prière ou de la visite quotidienne du mollah mais aussi par les éclats d'obus et les hallucinations apeurées de la voisine qui voit sa demeure réduite en cendres.

La femme souffre d'avoir été mariée de force à un héros dont elle n'a connu, trois ans durant, que le portrait ricanant ornant toujours les murs de la maison du pater familias. A cela s'ajoutent la honte d'avoir été soupçonnée de stérilité et la douleur d'être une femme dans un pays musulman radical. A la récitation psalmodiée du Livre saint s'opposent alors les aveux troublants de celle qui a su tout autant tromper la vigilance de son époux que rester fidèle à l'une de ses tantes répudiée jadis pour n'avoir pas su donner d'enfant mâle à sa famille.

Loin de ne constituer que le témoignage d'une malédiction sexuelle, Syngué Sabour, Pierre de patience est aussi le récit d'une révélation. Le monde appartient aux femmes, c'est-à-dire à la mort, disait-on, au sang, aux menstruations, à l'impureté faite corps, ajoute l'auteur afghan écrivant désormais en français. Au viol ritualisé que constitue le mariage forcé, la protagoniste opposera alors un viol consenti, sacrificiel, librement vécu dans sa beauté tragiquement expiatoire. En un geste d'une poétique terreur, une femme incarnée rachète l'asservissement misérable dans lequel reste encore plongée une part non négligeable de l'humanité. Hommes, encore un effort pour atteindre à la dignité de vos femmes, à moins que ceux qui ne savent toujours pas faire l'amour continuent de se faire la guerre ?

Olivier Rachet

Syngué Sabour / Pierre de patience, Atiq Rahimi
P.0.L, Prix Goncourt 2008

« Le Marché des amants » de Christine Angot

« Le Marché des amants » de Christine Angot

L'amour, l'exil.

Le Marché des amants explore les territoires délaissés du sentiment amoureux et dessine les figures de l'exil de soi, expérience contemporaine si peu radiographiée. A Brives, loin de son milieu parisien étriqué dont les jugements sont toujours péremptoires, la narratrice rencontre Bruno, alias Doc Gynéco. Ils se voient, s'aiment, se revoient, confrontent leur univers respectif et se retrouvent à la périphérie de l'image de soi qu'ils renvoient à leurs proches, parents ou amis. Lui, un chanteur populaire de rap, souvent raillé, investit l'appartement de l'auteur et bouscule le prêt-à-penser d'une rive gauche parisienne sûre de son droit inaliénable de jugement. Elle, une écrivaine rangée et solitaire, devenant tout à la fois égérie iconoclaste et figure de proue d'un homme en mal de sentimentalité fixe.

Loin des clichés people avec lesquels jouent cependant les protagonistes et des préjugés prétendant qu'au marché des amants, un noir vaut moins bien qu'un blanc, Christine Angot dresse la chronologie pointilleuse d'une histoire rythmée par les attentes et les étreintes, les silences et les sons que produisent les mots et les notes jetés en vrac sur le papier. Le phrasé du rappeur rejoint alors dans sa naïveté la mélodie solipsiste de l'auteur. Les mots d'amour peinent souvent à émerger mais lorsqu'ils se disent, ils se disent une seule fois. Le mal d'aimer n'épargne aucun personnage de ce roman où le sentiment règne en maître du jeu par son absence et sa difficulté même d'énonciation : ni Marc, ce père de famille satisfait de son bonheur familial qui harcèle la narratrice avec la tendresse puérile d'un adolescent attardé, ni Jocelyn, un ami de coeur de Bruno en quête éperdue d'un idéal qu'il sait désuet.

L'histoire qui nous est ainsi livrée, dans son urgence que n'épargne pas une certaine forme de monotonie spleenétique, est celle d'une déterritorialisation du moi amoureux. Celui qui aime, nous dit l'auteur, échappe toujours à ses angoisses, se déprend de son milieu toujours en soi sclérosant et découvre en l'autre une salutaire énigme. Si l'auteur radiographie un monde si lointain et si proche, dans lequel l'amour et l'offrande se sont égarés, elle ouvre aussi le chemin possible d'une réconciliation de notre civilisation - figée par le culte suprême du bonheur immédiat - avec ce je ne sais quoi qui fait encore vibrer les étoiles et chanter les oiseaux.

Olivier Rachet

Le Marché des amants, Christine Angot
Seuil, 2008

« Le village de l'allemand ou le journal des frères Schiller » de Boualem Sansal

« Le village de l'allemand ou le journal des frères Schiller » de Boualem Sansal

D'une guerre l'autre ou des vertus de l'analogie.

25 avril 1994, Rachel Schiller apprend que ses parents ont été assassinés dans leur village de Aïn Deb, non loin de Sétif. Parti se recueillir sur leur tombe, le fils prodigue découvrira le passé nazi de son père, devenu, après la capitulation allemande, membre actif de la libération nationale de l'Algérie. Celui-ci entreprendra alors un long calvaire, impossible devoir de mémoire expiatoire, dont témoignent les pages d'un journal que son frère, Malrich, vivant en banlieue parisienne, dans un territoire dit sensible, lira avec stupeur et se chargera de publier. Le roman de Boualem Sansal alterne les pages extraites des deux journaux intimes des frères Schiller et télescope les temporalités, non sans susciter effroi et interrogation. Au coeur de cette investigation familiale censée éclairer le destin d'un père, scientifique émérite ayant travaillé à l'entreprise d'extermination nazie mais aussi libéré un pays de la domination coloniale française, se trouve l'expérience traumatique de la Shoah dont l'auteur, sous l'égide de Primo Lévi, affirme de nouveau le caractère irréversiblement inhumain. Sommes-nous responsables des crimes et des erreurs commis par nos pères ? Non mais nous nous devons encore à la mémoire de ceux qui furent victimes d'un génocide qui continue d'affecter l'humanité toute entière. Au-delà de la portée métaphysique de ce crime inexpugnable se profile une approche historique des mouvements de rébellion nationalistes ayant succédé au nazisme. Boualem Sansal met ainsi en évidence le fait que le fascisme nazi-stalinien s'est perpétué en un faisceau de mouvements nationalistes épars luttant pour leur indépendance nationale ou, depuis les années 80, en une Internationale fascislamiste gangrenant les cités populaires occidentales laissées à l'abandon par une République confondant trop souvent repentance et devoir de mémoire, expiation et justice. En matière commémorative, n'en déplaise à nos élites, nous assistons d'ailleurs aussi à une véritable montée aux extrêmes.
Si la rationalisation économique des moyens de production et des échanges placée sous l'emprise totalitaire de la technique et de la marchandise est la continuation de la planification par les nazis de la gestion concentrée du Lager, si la ghettoïsation de quartiers populaires de plus en plus asservis à la loi du talion des islamistes prêchant dans le désert laissé vacant par la virtualité des moyens de communication modernes n'est pas sans rappeler la stigmatisation du juif, du tzigane, de l'homosexuel ou plus simplement aujourd'hui de l'artiste, alors, amis lecteurs, plongez dans le journal des frères Schiller et ne restez plus indifférents au monde qui vous entoure !

Olivier Rachet


Le village de l'allemand ou le journal des frères Schiller, Boualem Sansal
Gallimard, 2008

Page 8/18
8

EN VITRINE

"Madgermanes" de Birgit Weyhe

"Madgermanes" de Birgit Weyhe

Suivant les trajectoires de 3 personnages fictifs, Birgit Weyhe met en lumière le parcours de de ces 20.000 Mozambicains qui, au début des années 1980, ont été envoyés chez leurs "frères communistes", les Madgermanes comme Made(in)German(i)e, dans une RDA alors en quête de main-d'oeuvre. Leur situation, difficile, s'est rapidement dégradée à la chute du Mur de Berlin. Certains sont restés en Allemagne, d'autres sont retournés en Afrique, se retrouvant comme étrangers dans leurs terres dans les deux cas. Un témoignage sensible et éclairant qui met en perspective les questions des migrations, toujours plus d'actualité. Publié chez Avant-Verlag, Berlin 2016 et Cambourakis, Paris 2017 (traduction de l’allemand par Elisabeth Willenz).

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