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Coups de cœur

« Jan Karski » de Yannick Haenel

« Jan Karski » de Yannick Haenel

Il est bon de persister au cœur de la nuit, parce que c’est elle qui protège la lumière.

Jan Karski est un roman éblouissant, sous forme de triptyque. Le premier tableau rapporte les paroles du héros éponyme, agent de liaison entre la Résistance polonaise et le gouvernement polonais en exil, enregistrées par Claude Lanzmann pour son film Shoah. Le narrateur, de son côté, enregistre les choix opérés par le réalisateur, décidant de filmer la statue de la Liberté lorsque Jan Karski récite, entre deux silences, le message qu’il devait transmettre aux alliés et au Président Roosevelt concernant le plan d’extermination par les nazis des juifs d’Europe. Karski sera entendu mais nullement écouté. Des années durant, il gardera en lui, intact, ce message transmis par deux hommes qui l’avaient introduit en plein cœur du ghetto de Varsovie.

Nul n’est prophète en son pays, la Pologne, surtout lorsque celui-ci est situé nulle part, comme Alfred Jarry s’était amusé à le considérer, pris en étau d’un côté par les nazis, de l’autre par les staliniens dont le narrateur nous rappelle la responsabilité dans les massacres de Katyn, où furent assassinés des milliers d’officiers polonais afin de réduire à néant toute tentative de résistance, fût-ce par la culture même. A défaut d’être prophète, Karski est un témoin oculaire du plus grand crime commis par et contre l’humanité. Le second volet du triptyque, qui constitue une synthèse enlevée de l’ouvrage de Karski lui-même Mon témoignage devant le monde, relate l’épopée haletante et tragique d’un homme tour à tour prisonnier des nazis, puis des russes ; la clandestinité d’un parcours au service de la Résistance polonaise qui le conduisit donc au cœur du ghetto de Varsovie et du camp de concentration de Belzec où il fut l’un des rares témoins de cette horreur sans nom, de cet acharnement bestial à nier l’humanité de tout un peuple.

C’est alors que Yannick Haenel accomplit un prodige littéraire en se plongeant dans la conscience de ce témoin martyr, n’ayant pas su être écouté. La volonté de ne pas comprendre des alliés étant à la mesure de la volonté de puissance exterminatrice des nazis. Le troisième volet du triptyque constitue, sous la forme d’un monologue intérieur époustouflant, un pamphlet contre la passivité molle des alliés, ayant décidé, pour des raisons militaires, de ne pas contrecarrer les projets criminels nazis et s’innocentant ensuite par l’organisation spectaculaire du procès de Nuremberg mais il constitue aussi un acte de foi paradoxal en la possibilité de perpétuer la parole, condition sine qua non de toute forme de salut. Ce n’est pas le moindre intérêt de ce roman saisissant et épuré que d’affirmer que la pensée du mal est la condition même de l’amour. C’est en tournant en cercle dans la nuit et en étant dévoré par le feu des idéologies ou la cendre de leur absence que s’ouvre à vous parfois l’éclair de ce qui vous maintiendra sauf. Cette lueur est le visage radieux de la littérature ou celui accueillant de l’aimée. Je vis ce néant qu’est l’horreur humaine et malgré tout, malgré ce rien, je vis.

Olivier Rachet

Jan Karski, Yannick Haenel
Gallimard – L’Infini, 2009

Ovide, Tristes Pontiques

Ovide, Tristes Pontiques

Ce que l'homme a cru voir.

Nous sommes en l'an 08. Par décret impérial, Ovide, le poète des Amours et de L'Art d'aimer est relégué aux confins de l'Empire romain, à Tomes, près de la mer Noire. C'est en ce lieu que la magicienne Médée sacrifia son frère Absyrte, en le découpant, afin de fuir un père refusant que sa fille déserte la Colchide pour les grecs. Espace hostile et inhospitalier, qu'habitent des barbares guerriers et vindicatifs, n'ignorant pourtant pas les règles de l'amitié.

Quelle fut la faute du poète? S'il évoque à plusieurs reprises la subversion de ses oeuvres érotiques, dont le rythme élégiaque subvertissait les règles ancestrales de la poésie héroïque, Ovide reconnaît aussi, entre les lignes, avoir assisté à une scène qu'il n'aurait pas dû voir. Une orgie impériale, dont l'épouse d'Auguste, l'impératrice Livie, aurait été la principale actrice... alors même qu'était édicté un code moral d'une austérité inouïe bannissant notamment toute forme d'adultère. Vertu publique, vice privé? Ovide n'aurait-il pas été le premier sacrifié du puritanisme aujourd'hui florissant?

Ses lettres que traduit poétiquement Marie Darrieusecq sont tout d'abord adressées à des destinataires anonymes, fantômes errants dans la mémoire de celui pour lequel Rome était tout. Puis, le nom des destinataires, amis, envieux, épouse, se grave dans la cire de l'écrit. Car toujours, pour Ovide, il s'agit d'épouser la déréliction rythmique de sa vocation de poète. Celui qui perd le sens du rythme perd aussi la raison. Celui qui aujourd'hui encore est exilé aux confins du monde mais aussi bien réfugié dépossédé de sa propre existence, relégué à la frontière même de la politique et de la barbarie, celui-là connaît le secret même de la poésie : perpétuer la parole du bannissement, s'affranchir toujours de sa condition de proscrit.

Olivier Rachet

Ovide, Tristes Pontiques, traduction de Marie Darrieusecq
P.O.L, 2008

« Syngué Sabour / Pierre de patience » de Atiq Rahimi

« Syngué Sabour / Pierre de patience »  de Atiq Rahimi

Le corps est notre révélation.

En Afghanistan ou ailleurs, une femme veille son mari, à l'article de la mort. Après avoir longuement combattu pour son pays, l'homme a été la victime d'une querelle absurde entre membres d'un même clan. Egrenant un chapelet et déclinant les quatre vingt dix neufs noms d'Allah, la femme adresse à son époux la somme de ses souffrances et de ses malheurs. Ces litanies sont ponctuées par les rituels de la prière ou de la visite quotidienne du mollah mais aussi par les éclats d'obus et les hallucinations apeurées de la voisine qui voit sa demeure réduite en cendres.

La femme souffre d'avoir été mariée de force à un héros dont elle n'a connu, trois ans durant, que le portrait ricanant ornant toujours les murs de la maison du pater familias. A cela s'ajoutent la honte d'avoir été soupçonnée de stérilité et la douleur d'être une femme dans un pays musulman radical. A la récitation psalmodiée du Livre saint s'opposent alors les aveux troublants de celle qui a su tout autant tromper la vigilance de son époux que rester fidèle à l'une de ses tantes répudiée jadis pour n'avoir pas su donner d'enfant mâle à sa famille.

Loin de ne constituer que le témoignage d'une malédiction sexuelle, Syngué Sabour, Pierre de patience est aussi le récit d'une révélation. Le monde appartient aux femmes, c'est-à-dire à la mort, disait-on, au sang, aux menstruations, à l'impureté faite corps, ajoute l'auteur afghan écrivant désormais en français. Au viol ritualisé que constitue le mariage forcé, la protagoniste opposera alors un viol consenti, sacrificiel, librement vécu dans sa beauté tragiquement expiatoire. En un geste d'une poétique terreur, une femme incarnée rachète l'asservissement misérable dans lequel reste encore plongée une part non négligeable de l'humanité. Hommes, encore un effort pour atteindre à la dignité de vos femmes, à moins que ceux qui ne savent toujours pas faire l'amour continuent de se faire la guerre ?

Olivier Rachet

Syngué Sabour / Pierre de patience, Atiq Rahimi
P.0.L, Prix Goncourt 2008

« Le Marché des amants » de Christine Angot

« Le Marché des amants » de Christine Angot

L'amour, l'exil.

Le Marché des amants explore les territoires délaissés du sentiment amoureux et dessine les figures de l'exil de soi, expérience contemporaine si peu radiographiée. A Brives, loin de son milieu parisien étriqué dont les jugements sont toujours péremptoires, la narratrice rencontre Bruno, alias Doc Gynéco. Ils se voient, s'aiment, se revoient, confrontent leur univers respectif et se retrouvent à la périphérie de l'image de soi qu'ils renvoient à leurs proches, parents ou amis. Lui, un chanteur populaire de rap, souvent raillé, investit l'appartement de l'auteur et bouscule le prêt-à-penser d'une rive gauche parisienne sûre de son droit inaliénable de jugement. Elle, une écrivaine rangée et solitaire, devenant tout à la fois égérie iconoclaste et figure de proue d'un homme en mal de sentimentalité fixe.

Loin des clichés people avec lesquels jouent cependant les protagonistes et des préjugés prétendant qu'au marché des amants, un noir vaut moins bien qu'un blanc, Christine Angot dresse la chronologie pointilleuse d'une histoire rythmée par les attentes et les étreintes, les silences et les sons que produisent les mots et les notes jetés en vrac sur le papier. Le phrasé du rappeur rejoint alors dans sa naïveté la mélodie solipsiste de l'auteur. Les mots d'amour peinent souvent à émerger mais lorsqu'ils se disent, ils se disent une seule fois. Le mal d'aimer n'épargne aucun personnage de ce roman où le sentiment règne en maître du jeu par son absence et sa difficulté même d'énonciation : ni Marc, ce père de famille satisfait de son bonheur familial qui harcèle la narratrice avec la tendresse puérile d'un adolescent attardé, ni Jocelyn, un ami de coeur de Bruno en quête éperdue d'un idéal qu'il sait désuet.

L'histoire qui nous est ainsi livrée, dans son urgence que n'épargne pas une certaine forme de monotonie spleenétique, est celle d'une déterritorialisation du moi amoureux. Celui qui aime, nous dit l'auteur, échappe toujours à ses angoisses, se déprend de son milieu toujours en soi sclérosant et découvre en l'autre une salutaire énigme. Si l'auteur radiographie un monde si lointain et si proche, dans lequel l'amour et l'offrande se sont égarés, elle ouvre aussi le chemin possible d'une réconciliation de notre civilisation - figée par le culte suprême du bonheur immédiat - avec ce je ne sais quoi qui fait encore vibrer les étoiles et chanter les oiseaux.

Olivier Rachet

Le Marché des amants, Christine Angot
Seuil, 2008

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EN VITRINE

"Le grand procès des animaux" de Jean-Luc Porquet et Jacek Wozniak

"Le grand procès des animaux" de Jean-Luc Porquet et Jacek Wozniak

Un procès à grand spectacle, sous l'œil des caméras du monde entier. Des animaux défilent devant le président du tribunal. Chacun d'eux doit dire pourquoi son espèce mérite de survivre. Pourquoi l'homme devrait dépenser des fortunes pour sa protection. Seul un sur dix sera sauvé. Le jury, ce sera le public. Comparaissent le grand hibou, le martinet noir, le papillon vulcain, l'arénicole... Les interrogatoires sont vifs, tendus, hilarants. Et les animaux très convaincants. Alors, lequel choisir ? Le président du tribunal est de plus en plus nerveux. Il faut dire qu'il y a des coups de théâtre... Cette fable satirique est aussi une joyeuse leçon d'écologie. Elle nous invite à regarder le monde animal d'un autre oeil. Émerveillé et complice. Jean-Luc Porquet est journaliste au Canard enchaîné où Jacek Wozniak signe des dessins chaque semaine. (Éditions du Faubourg, 10/2021)

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