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« J'ai épousé un casque bleu » de David di Nota

« J'ai épousé un casque bleu » de David di Nota

2007, le narrateur se rend en compagnie de son père, commandant au deuxième régiment de commandement et de soutien, sur les lieux du crime, en Bosnie-Herzégovine. Là où mue par ce que Kant appelle une Idée régulatrice, idée morale relevant exclusiment de la Raison et qu'aucune expérience ne vient contredire, l'Europe bien-pensante, sous l'égide de l'ONU, laissa se dérouler sur son continent l'un des derniers génocides du vingtième siècle.

Face à des généraux serbes pour lesquels la partition de l'ex-Yougoslavie constitua une véritable aubaine d'asseoir leur puissance militaire et d'exercer l'art séculaire de la guerre, les Casques Bleus brillent par leur ridicule et leur puissance moralisante. Ce n'est pas d'impuissance de l'ONU dont il nous faut parler face à une tragédie sanglante mais bel et bien de la puissance moralisatrice d'une opinion publique mondiale régie par des idéaux grotesques tels que le maintien de la paix ou le soutien apportés aux déplacés. David di Nota revient avec force sur la prise d'otages par le général Mladic d'une centaine de casques Bleus censée prévenir les frappes de l'OTAN, acte militaire grâce auquel le génocide de milliers de musulmans bosniaques put avoir lieu.

Oui, l'histoire est une comédie pleine de bruit et de fureur mais après le fascisme nazi-stalinien, il était grand temps de fustiger la pensée totalitaire qui hante depuis la chute du mur de Berlin les plus grandes chancelleries de ce monde : celle qui sous couvert de protéger les faibles autorise les plus forts à perpétrer, sous nos yeux aveuglés, les pires massacres. La question n'était pas de savoir s'il fallait risquer sa vie pour sauver la Bosnie mais pourquoi la France a-t-elle imposé, à l'époque, un embargo sur les armes qui lui déniait le droit à l'autodéfense.

« Je ne vois pas ce qu'il y a de fascinant dans le Mal, c'est plutôt le Bien qui est effrayant. Nettoyer un village en crucifiant tout ce qui bouge peut choquer la raison, mais ce qui dépasse l'entendement, c'est l'ingénuité avec laquelle nous avons redécouvert cette vérité de base. S'il s'agit d'une ingénuité feinte, alors notre perversité n'est pas moindre que celle de Mladic, mais si elle est réelle, alors notre inculture face à la guerre est devenue proprement abyssale. »

Olivier Rachet

J'ai épousé un Casque bleu, David di Nota
L'Infini-Gallimard

« Formation » de Pierre Guyotat

« Formation » de Pierre Guyotat

Une vie divine.

C'est à un festin spirituel et sensoriel que nous convie Pierre Guyotat dans un récit de formation qui débute avec l'Armistice de 1940 et se clôt sur la chute de Diên Biên Phu et le commencement de la guerre d'Algérie qui sera la matrice des premiers romans de l'auteur. Hommage est rendu tout d'abord aux figures familiales héroïques : à la mère venue de Pologne, au père médecin dévoué, à l'oncle Hubert ou à la tante Suzanne, tous deux résistants, tous deux déportés. Hommage est rendu aux maîtres, à ceux et celles qui ont permis à l'enfant de se confronter à l'Histoire Sainte mais aussi à l'histoire des civilisations gréco-romaine et hébraïque. Au-delà de l'édification morale qui caractérise tout récit d'apprentissage, Formation est le chant d'une âme qui très tôt s'affranchit des contingences matérielles et historiques afin d'accomplir sa destinée spirituelle dans un monde ayant voué aux gémonies le divin et dans lequel les hommes déjà ont commencé à déserter leur origine - la société s'étant substituée aux règnes de la nature et de l'esprit. Or, Guyotat rejette en règle toute assignation sociale ou familiale, et revendique le droit de vivre comme les dieux, près des dieux et des animaux, aimant les faibles et les esclaves, les humiliés et les parasites. Au coeur de ces années de formation où l'on apprend à tourner sept fois sa langue dans sa bouche afin de mieux gagner la guerre du goût, une érotique se greffe sur une morale défendant pour toute âme un droit divin à l'imperfection. Là où les puissants se fourvoient dans la terreur de leur radicalité, le poète s'élève, par la pratique de son art, au-dessus des charniers. Bienvenu alors, silence du monde des ombres !

Olivier Rachet

Formation, Pierre Guyotat
Gallimard 2007

Le dictionnaire des Papous dans la tête

Le dictionnaire des Papous dans la tête

Des Papous dans la tête » est une émission radiophonique créée il y a plus de 20 ans par Bertrand Jérôme et Françoise Treussard, sur France Culture. Chaque semaine, elle réunit de façon aléatoire des écrivains, comédiens, professeurs, peintres, journalistes, voire une cantatrice, afin qu’ils s’adonnent pendant plus d’une heure à des jeux littéraires sous (hautes) contraintes, dans l’esprit de l’Oulipo (Raymond Queneau, Georges Perec…).

Chaque jeu est autant d’occasion de manier contrepets, calembours, lipogrammes et autres assonances saugrenues, sans jamais se départir d’une pertinence certaine, le tout enrobé de poésie.

Par cette présente anthologie, Le Dictionnaire des Papous dans la tête, ainsi que par leur émission hebdomadaire, Les Papous prouvent que le rire est une forme d’intelligence, et qu’il est bon de le cultiver.

Le dictionnaire des Papous dans la tête
Collectif Gallimard 23 Euros

« Guerres Secrètes » de Philippe Sollers

« Guerres Secrètes » de Philippe Sollers
Ou ce qu'il en coûte aux mortels d'oublier le divin.

Réjouissons-nous au lieu de nous en attrister : la guerre est permanente et en plus, elle est divine, spirituelle par essence. Tout combat est un combat de l'homme contre des forces qui le dépassent et le confrontent à sa finitude qu'il ne veut plus voir désormais, halluciné qu’il est par la croyance dépressive en sa propre image, par une foi aveugle dans les apparences et la certitude que la mort l’épargnera désormais. Or les apparences sont spectrales et devraient nous inciter à percevoir le réel avec nos sens plutôt qu'avec notre désir ou notre volonté de domination. À la volonté de puissance s'opposerait dès lors la puissance de la volonté de ceux qui osent encore se confronter au divin au lieu de le nier ou de vouloir s'y soustraire.

Ulysse tout d'abord, pourchassé d'île en île par Poséidon, affrontant les prétendants, c'est-à-dire ceux qui ont voulu usurper son nom même, en devenant époux de Pénélope. À Ulysse s'oppose le roi Penthée, déchiqueté par les ménades, parmi lesquelles figure Agavé, sa propre fille - démembré pour avoir douté de la divinité même de Dionysos. La leçon des Grecs est terrible : les hommes sont mus par des forces qu'ils ne contrôlent pas mais qu'ils croient pouvoir dominer. Telle est l'erreur fondamentale de notre époque progressiste, c'est-à-dire sous l'emprise de la métaphysique et du rationalisme le plus barbare.

Quasi-contemporains des tragiques grecs et du divin aède, Homère, les grands penseurs chinois dont Sun Zi ont eux aussi conçu la dépendance humaine par rapport à un monde soumis à des changements permanents et incontrôlables si ce n'est en s'adaptant à la mutation même, en perpétuant la guerre que Sollers définit alors, pastichant Clausewitz, comme la continuation de la nature par d'autres moyens.

Ce qu'il en coûte aux hommes d'oublier le divin ? L'éclairage apporté par Sollers se clôt sur la figure de Joseph de Maistre fustigeant le nihilisme protestant et sa soif de négation à laquelle s'oppose le baroque de la Contre-Réforme, ce dernier cherchant à affirmer la suprématie du divin sur fond de vide/plein créateur.
Réjouissons-nous, cette admirable leçon de spiritualité appliquée nous y invite tandis que continuent à se fourvoyer les illettrés puissants de ce monde, perpétuant de leur côté un état de guerre prosaïquement mortel. La guerre est éternelle, les sexes le savent et l'esprit seul peut l'affronter.


Olivier Rachet

Guerres secrètes, Philippe Sollers
Carnets Nord, Paris, 2007
Page 9/18
9

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Au détour vrai des pages...

Au détour vrai des pages...

Requiem allemand de Werner Lambersy, 2015.

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