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Mémoire pendant les travaux de Hélène Bezençon

Mémoire pendant les travaux de Hélène Bezençon

Un nouveau récit sur Berlin

Une femme retrouve la mémoire en marchant dans les rues de Berlin durant l'été 2003 et retrouve en même temps sa mémoire personnelle d'une ville qui se transforme rapidement. Au fil des rues berlinoises et de leurs noms, inscrites dans le sol même de Berlin, réapparaissent les traces de plusieurs passés : le passé immédiat des chantiers de la nouvelle capitale et la désorientation, le trop-plein d'énergie de changement qui en découle ; tout comme le passé plus ancien, depuis le Mur et la chute du Mur jusqu'à l'Aufklärung, en passant par la figure lumineuse de Moses Mendelssohn.

Tout au long du récit, la narratrice cherche un sol sur lequel elle pourra se tenir pour dire quelque chose d'une ville en transformation. Une quête de repères nécessaire pour se trouver un équilibre dans une époque où tout change. Et la découverte dans ses pérégrinations que le sol en question, celui de Berlin, lui aussi, est mouvant.

L'auteur, Hélène Bezençon, est née en 1960 à Lausanne et vit à Berlin depuis 1993. Elle écrit des récits et du théâtre. Dans le domaine de la fiction son travail explore la mobilité du sujet et les manières dont un narrateur se déplace dans sa propre parole. Nouveau récit contemporain de qualité sur Berlin, son livre est une des très bonnes ventes de l'année 2005 chez Zadig.

Mémoire pendant les travaux (récit), Hélène Bezençon
Éditions AACL, Neuchâtel, 2005
11,- €

© Couverture par Rolf Blaser www.rolf-blaser.ch

Seul dans Berlin de Hans Fallada

Seul dans Berlin de Hans Fallada

Un auteur berlinois à redécouvrir ?

C'est à Berlin, pendant la guerre, dans un immeuble, n'importe lequel de ces immeubles berlinois où chacun tente de survivre, c'est-à-dire, selon les cas, de subsister, de se cacher, de s'enfuir, de tenir encore un peu, de tirer son épingle du jeu, de coopérer avec le pouvoir ou de s'opposer à lui. Les personnages du livre, qu'ils soient nazis, opposants ou neutres, sont seuls, toujours seuls parce que toujours en danger : faute de pouvoir parler aux autres, ils n'ont aucun moyen de valider leurs intuitions et sont condamnés à des initiatives isolées et par là même infructueuses.

Et c'est bien là le plus poignant : l'impossibilité de mettre en réseau les révoltes de chacun, de mettre en place une résistance collective. Leur enthousiasme et la recherche fragile d´une construction autour d´un idéal les ont précipités dans un chaos que beaucoup n´ont désormais plus les moyens de refuser. Alors, nous dit Fallada, puisqu'ils sont la seule manière de lutte, les sursauts individuels, même inefficaces, sont peut-être la seule manière d'humanité.

Autre versant, celui de la chute, du monumental Berlin Alexanderplatz d´Alfred Döblin, où l´on voyait l´accession irrésistible du pouvoir nazi, Seul dans Berlin raconte un Berlin populaire bien loin des clichés : réfractaire à l´autorité et si loin de la folie de ses dirigeants, un petit peuple se dessine au fil des pages, qui par delà l’amertume des illusions perdues, réhabilite la figure du résistant allemand et européen ordinaire.


Seul dans Berlin, Hans Fallada
Folio, Paris, 2005
11,- €

Passage à l’ennemie de Lydie Salvayre

Passage à l’ennemie de Lydie Salvayre

Rabelais en banlieue

Un inspecteur des Renseignements Généraux, chargé par sa hiérarchie d’infiltrer un groupe de délinquants, endosse un survêtement, une paire de Nike et s’installe dans la cité des Arcs. Décidé à percer le mystère de ces jeunes oisifs constamment auréolés d’un nuage de fumée, il se lie d’amitié avec certains d’entre eux. Les rapports qu’il adresse régulièrement à sa hiérarchie prennent, au fil des jours et de l’absorption continue de haschich, une tonalité plus rieuse, presque magnanime à l’égard de ses nouveaux voisins, qui répondent à la stricte définition du délinquant -« tous les enfants ou adolescents vivant dans une cité en zone péri-urbaine, dont les ancêtres, originaires du continent africain, portaient un anneau dans le nez ou un turban sur la tête (surmontée d’une plume) ». La courbure de hanches et le troublant silence de Dulcinée, l’unique fille du groupe, auront définitivement raison de son professionnalisme, entérinant son « passage à l’ennemie ».

Dans ce texte vif, jubilatoire, Lydie Salvayre prend un malin plaisir à ridiculiser l’institution policière, l’obsession sécuritaire. En convertissant un inspecteur au mode de vie des prétendus « sauvageons », elle renverse habilement les rôles, et le danger change de camp. Son écriture, ironique et tranchante, fait merveille. Un éclat de rire rabelaisien parcourt le livre, réduisant l’ordre, la sécurité et la peur à de pitoyables pantalonnades.
Et Lydie Salvayre, d’un coup de semonce salvateur, fait brusquement sortir la littérature française de sa torpeur et de son désintérêt pour la chose sociale.

Pierre Ducrozet

Passage à l'ennemie, Lydie Salvayre
Points Seuil, Paris, 2004
9,- €

Lehaïm – À toutes les vies de Michaël Sebban

Lehaïm – À toutes les vies de Michaël Sebban

L´année 2003, Eli S., fils de boucher d´Oran, parfait produit de l´intégration, est professeur de philosophie dans un établissement réputé difficile de Seine-Saint-Denis, où il enseigne les principes de la République à des jeunes qui n´y croient plus.
Le Contrat social de Rousseau en filigrane, un constat s´établit : la société des jeunes d´aujourd´hui ne répond plus à ce contrat suranné de la participation au bien commun des valeurs civiques : les leurs sont agrégatives, se désolidarisent de celles du pays où ils vivent, et bouleversent par leur violence et leurs exclusions immédiates.
Une société qui se perd lentement, et une nouvelle terrible à admettre : l´intégration est un leurre qui n´a pas fonctionné. Le retour du religieux s´exprime dans un antisémitisme que la France n´a plus connu depuis la Libération.

Agressé et désigné dans la rue en tant que juif, Eli S. reçoit le choc de ces mots qui lui sont jetés sans regarder où ils tombent, cette parole banalisée insidieusement faisant s´écrouler une vie entière de construction. Mais la quête de la recette mystérieuse du berbouche, le surf à Biarritz, les cigares de marque et la vie paisible de Belleville au Café « Chez Maurice » où il recherche un coin de l´Algérie de ses parents, restent les refuges temporaires d´Eli S..

Ce roman alarmiste (par ailleurs quasi autobiographique) est aussi une prière à la vie, Lehaïm – À toutes les vies, quoi qu´il arrive. L´ombre des années noires, la violence dirigée et les alarmes de l´année 2003 retentissent d´autant plus fort qu´en France la question des synagogues ou cimetières profanés a pu ainsi faire banalement l’actualité.

Lehaïm – À toutes les vies, Michaël Sebban
Pocket, Paris, 2005
9,- €

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EN VITRINE

Le Chat du Rabbin, tome 7 : La Tour de Bab-El-Oued

Le Chat du Rabbin, tome 7 : La Tour de Bab-El-Oued

Dans ce nouvel épisode qui nous ramène à Alger, le rabbin Sfar et son cousin l'imam Sfar devisent sur leurs différences qu'ils pensent inconciliables. Pourtant, lorsque la mosquée est inondée, le rabbin et l'imam s'entendent pour que les musulmans puissent, le temps des travaux, prier à la synagogue. Pendant ce temps, le chat du rabbin traverse des moments difficiles : non seulement Zlabya a mis au monde un adorable bébé, ce qui le plonge dans une profonde jalousie, mais, pour ne rien arranger, des chatons se sont réfugiés dans la synagogue... Comment de petits chats étrangers peuvent-ils avoir l'audace de boire son lait ?

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