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Le complot contre l'Amérique de Philip Roth

Le complot contre l'Amérique de Philip Roth

États-Unis, 1940. Alors que Franklin Delano Roosevelt brigue un troisième mandat, les élections présidentielles se jouent sur le terrain de la politique extérieure des États-Unis vis-à-vis de la montée en puissance des forces fascistes en Europe et en Asie. Mais c’est son adversaire Charles Lindbergh, aviateur célèbre aux liens controversés avec le régime nazi, qui sort vainqueur avec une nette avance. Commence alors une période trouble pour les Juifs d’Amérique, en particulier pour le jeune Philip Roth et sa famille au cœur du ghetto de Newark, New Jersey.

Ce roman de fiction permet à l’auteur, lui-même protagoniste, de revenir sur l’attitude des États-Unis et des Américains face à la guerre, de démystifier l’image éblouissante de « nation de la liberté ». Il explore ici les tentations isolationnistes mais surtout fascisantes d’un pays qui auraient pu, si elles avaient été assouvies, changer la donne de l’histoire, portées par des organisations ayant bel et bien existé, telles America First et le Bund Germano-Américain.

Mais il ne faut pas s’y tromper, le texte de Philip Roth va plus loin que n’irait une simple fiction historique. Nous y sommes plongés dans l’attente lourde, auréolée de peur et d’injustice, d’une communauté juive américaine confrontée au nouveau pouvoir de Lindbergh, telle que perçue, à l’image de l’Ami Retrouvé de Fred Uhlmann, par un jeune adolescent. La puissance de l’ouvrage est telle que le lecteur vit cette montée de l’angoisse issue de la fiction, tout en explorant une tentation fasciste américaine réelle. On apprécie le travail de documentation qui donne au Complot contre l’Amérique un indéniable réalisme.

Guillaume Pérache

Le complot contre l'Amérique, Philip Roth
Gallimard, Paris, 2006
25,- €

Mémoire pendant les travaux de Hélène Bezençon

Mémoire pendant les travaux de Hélène Bezençon

Un nouveau récit sur Berlin

Une femme retrouve la mémoire en marchant dans les rues de Berlin durant l'été 2003 et retrouve en même temps sa mémoire personnelle d'une ville qui se transforme rapidement. Au fil des rues berlinoises et de leurs noms, inscrites dans le sol même de Berlin, réapparaissent les traces de plusieurs passés : le passé immédiat des chantiers de la nouvelle capitale et la désorientation, le trop-plein d'énergie de changement qui en découle ; tout comme le passé plus ancien, depuis le Mur et la chute du Mur jusqu'à l'Aufklärung, en passant par la figure lumineuse de Moses Mendelssohn.

Tout au long du récit, la narratrice cherche un sol sur lequel elle pourra se tenir pour dire quelque chose d'une ville en transformation. Une quête de repères nécessaire pour se trouver un équilibre dans une époque où tout change. Et la découverte dans ses pérégrinations que le sol en question, celui de Berlin, lui aussi, est mouvant.

L'auteur, Hélène Bezençon, est née en 1960 à Lausanne et vit à Berlin depuis 1993. Elle écrit des récits et du théâtre. Dans le domaine de la fiction son travail explore la mobilité du sujet et les manières dont un narrateur se déplace dans sa propre parole. Nouveau récit contemporain de qualité sur Berlin, son livre est une des très bonnes ventes de l'année 2005 chez Zadig.

Mémoire pendant les travaux (récit), Hélène Bezençon
Éditions AACL, Neuchâtel, 2005
11,- €

© Couverture par Rolf Blaser www.rolf-blaser.ch

Seul dans Berlin de Hans Fallada

Seul dans Berlin de Hans Fallada

Un auteur berlinois à redécouvrir ?

C'est à Berlin, pendant la guerre, dans un immeuble, n'importe lequel de ces immeubles berlinois où chacun tente de survivre, c'est-à-dire, selon les cas, de subsister, de se cacher, de s'enfuir, de tenir encore un peu, de tirer son épingle du jeu, de coopérer avec le pouvoir ou de s'opposer à lui. Les personnages du livre, qu'ils soient nazis, opposants ou neutres, sont seuls, toujours seuls parce que toujours en danger : faute de pouvoir parler aux autres, ils n'ont aucun moyen de valider leurs intuitions et sont condamnés à des initiatives isolées et par là même infructueuses.

Et c'est bien là le plus poignant : l'impossibilité de mettre en réseau les révoltes de chacun, de mettre en place une résistance collective. Leur enthousiasme et la recherche fragile d´une construction autour d´un idéal les ont précipités dans un chaos que beaucoup n´ont désormais plus les moyens de refuser. Alors, nous dit Fallada, puisqu'ils sont la seule manière de lutte, les sursauts individuels, même inefficaces, sont peut-être la seule manière d'humanité.

Autre versant, celui de la chute, du monumental Berlin Alexanderplatz d´Alfred Döblin, où l´on voyait l´accession irrésistible du pouvoir nazi, Seul dans Berlin raconte un Berlin populaire bien loin des clichés : réfractaire à l´autorité et si loin de la folie de ses dirigeants, un petit peuple se dessine au fil des pages, qui par delà l’amertume des illusions perdues, réhabilite la figure du résistant allemand et européen ordinaire.


Seul dans Berlin, Hans Fallada
Folio, Paris, 2005
11,- €

Passage à l’ennemie de Lydie Salvayre

Passage à l’ennemie de Lydie Salvayre

Rabelais en banlieue

Un inspecteur des Renseignements Généraux, chargé par sa hiérarchie d’infiltrer un groupe de délinquants, endosse un survêtement, une paire de Nike et s’installe dans la cité des Arcs. Décidé à percer le mystère de ces jeunes oisifs constamment auréolés d’un nuage de fumée, il se lie d’amitié avec certains d’entre eux. Les rapports qu’il adresse régulièrement à sa hiérarchie prennent, au fil des jours et de l’absorption continue de haschich, une tonalité plus rieuse, presque magnanime à l’égard de ses nouveaux voisins, qui répondent à la stricte définition du délinquant -« tous les enfants ou adolescents vivant dans une cité en zone péri-urbaine, dont les ancêtres, originaires du continent africain, portaient un anneau dans le nez ou un turban sur la tête (surmontée d’une plume) ». La courbure de hanches et le troublant silence de Dulcinée, l’unique fille du groupe, auront définitivement raison de son professionnalisme, entérinant son « passage à l’ennemie ».

Dans ce texte vif, jubilatoire, Lydie Salvayre prend un malin plaisir à ridiculiser l’institution policière, l’obsession sécuritaire. En convertissant un inspecteur au mode de vie des prétendus « sauvageons », elle renverse habilement les rôles, et le danger change de camp. Son écriture, ironique et tranchante, fait merveille. Un éclat de rire rabelaisien parcourt le livre, réduisant l’ordre, la sécurité et la peur à de pitoyables pantalonnades.
Et Lydie Salvayre, d’un coup de semonce salvateur, fait brusquement sortir la littérature française de sa torpeur et de son désintérêt pour la chose sociale.

Pierre Ducrozet

Passage à l'ennemie, Lydie Salvayre
Points Seuil, Paris, 2004
9,- €

Page 13/18
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EN VITRINE

"L'ogre amoureux" de Nicolas Dumontheuil

"L'ogre amoureux" de Nicolas Dumontheuil

Par un beau matin, un renard et un ours arrivent dans une contrée inconnue qui semble accueillante. Le renard, parti à la recherche de poulaillers, est pris au piège et conduit au château du seigneur de la région, le terrifiant comte de Barback, un fameux ogre de légende. L’ogre lui propose un marché : il ne le mangera pas s’il lui trouve une femme. C’est décidé, ils partiront dès l’aube à la recherche de sa future épouse. Un long voyage commence alors. Dans la veine absurde et transgressive qui lui est chère, Nicolas Dumontheuil rend hommage aux maîtres du récit qui l'ont inspiré, que ce soit par la figure du Gargamel de Peyo ou celle des Compères de la série Sylvain et Sylvette de Jean-Louis Pesch, ces derniers inspirés du légendaire Roman de Renart. (09/2018)

 

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